C'est le blog de la DreamTeamMP, c'est à dire un groupe d'amis de Classe préparatoire qui ne se sont pas perdus de vue après les concours. C'est notre vie, nos vies, nos envies et notre blog.
Evidemment, passer en quelques semaines de Polytechnique – la plus prestigieuse
école d'ingénieurs française – au CFA des métiers du BTP de Quimper est le genre de virage qui vous range d'emblée dans la corporation des doux cinglés et autres excentriques dévoyés. Eloi
Mosquet n'est rien de tout cela. C'est un étudiant plutôt doué qui, tout au long de son parcours universitaire, n'a curieusement jamais eu " l'occasion de faire ce qu'[il] avait vraiment
envie de faire ", confie-t-il, fagoté dans son bleu de travail d'apprenti plombier, entre deux exercices au chalumeau.
Son très insolite cursus commence il y a cinq ans avec un bac S obtenu à Caen et se poursuit par une année de "prépa maths sup-maths spé" des plus classiques, à Versailles. C'est
ensuite "l'engrenage", comme il l'explique : "On est poussé par le système : les profs, les parents, les copains… En prépa, il y a une telle pression pour te faire aller dans les
meilleures écoles que tu n'as finalement pas le choix à l'arrivée. Tout cela opère comme une mécanique. J'ai été admis à X [Polytechnique] sans savoir ce qu'était réellement X.
Evidemment, une fois que tu es pris par ce genre d'école, c'est assez dur de refuser."
Sa carrière de polytechnicien débute à Saint-Pierre-et-Miquelon, dans les rangs de la gendarmerie. Suivront deux années sur le site de X à Palaiseau, puis un master à Jussieu. Et à l'arrivée, une question sans réponse : que faire désormais ? Diplôme en poche, ses "coreligionnaires" se font tous embaucher illico, chez Areva, EDF, Saint-Gobain, à la Mairie de Paris… "Moi, rien ne m'intéressait, poursuit-il. Je n'ai été candidat à rien, préférant me poser la question suivante : “Et si maintenant, tu faisais quelque chose qui te plaît plutôt que de poursuivre dans le système et chercher à gagner le maximum de fric ?” C'est aberrant, mais personne, dans les études supérieures, ne vous demande jamais ce que vous voulez vraiment faire de votre vie."
Le hasard d'une visite aux journées portes ouvertes du CFA de Quimper va réveiller
en lui une passion ancienne pour le bricolage. La plomberie et les énergies renouvelables ont le vent en poupe ? Va pour un CAP sanitaire ! Reste à convaincre un patron qui le prendra en
alternance. "J'en ai trouvé un à Plabennec [au nord de Brest]. Je dois reconnaître qu'il a été assez surpris en me voyant arriver." En tant qu'apprenti, Eloi gagne 800 euros
par mois ("Mes anciens amis de X touchent dans les 40 000-60 000 euros par an") et projette de créer son entreprise d'ici quelques années.
Mais sa grande satisfaction, dans l'histoire, est de ne pas s'être fâché avec ses parents : "Des gens à l'esprit très ouvert qui m'ont toujours dit : “Fais des études. Et tu feras ce que tu
voudras ensuite.” Je crois qu'ils sont assez fiers de moi aujourd'hui car mon choix n'a pas été facile." La plus heureuse, dans la famille, est toutefois sa grand-mère, à qui il a offert…
son bicorne de polytechnicien repenti.