C'est le blog de la DreamTeamMP, c'est à dire un groupe d'amis de Classe préparatoire qui ne se sont pas perdus de vue après les concours. C'est notre vie, nos vies, nos envies et notre blog.
Après presque trois semaines passées dans la même ville, j'ai pris un ferry et passé deux jours ailleurs, puis je suis monté dans un avion pour aller un peu plus loin. Le vol était heureusement court, mais un peu chaotique, l'avion a traversé des zones de turbulence, des nuages tout le long, que du blanc, et après avoir vu notre itinéraire, j'ai pu constater qu'il n'avait pas été tout droit du tout.
En arrivant, des maisons, que des maisons, sur des dizaines de kilomètres. Cet étalement urbain engendre de la pollution (puisqu'il faut bien se déplacer), et rend la ville quelque peu dépaysante pour un Européen. Vers l'Est, les prairies s'étendent à perte de vue, si l'on veut bien mettre de côté les quelques nuages. Dans cette direction, le ciel prend un bleu étrange. Une couleur inquiétante, qui semble cacher quelque chose, et qui s'accorde bien avec le gris très foncé, menaçant, des nuages proches.
Après avoir atterri, je me dirige vers le centre de la ville, et ce qui me frappe en premier, ce sont les grandes distances que l'on parcourt pour cela, et les voitures partout ! Des centres commerciaux immenses, des parcs de stationnement tout aussi grands, et des autoroutes de bien plus de quatre voies de large. Je n'ai même pas fait mille kilomètres, mais le décor a radicalement changé.
Ici, les gratte-ciel semblent plus hauts qu'avant, mais moins beaux. Des "couleurs" (si l'on peut dire), plus froides, plus sombres. Les longues rues du centre-ville ont l'air larges, mais les immeubles qui les bordent leur donnent un effet de tunnel, ou au moins de tranchée. Originalité, il y a des passages couverts pour les piétons à quinze pieds du sol, au-dessus de presque toutes les rues.
L'orage commence à gronder et la pluie à tomber. Ici, il semble que les orages ne fassent pas dans la demi-mesure, mais pour l'instant j'ai été relativement épargné.
En retournant dans le centre-ville pour me promener, j'ai pris une douche froide. Pas pour la pluie, même s'il y en avait beaucoup, non, c'est du sens figuré. Habitué aux villes européennes avec un minimum de vie dans les rues, le peu de chaleur humaine que j'ai pu trouver ici m'a tout de suite laissé une impression désagréable. Les rues sont très larges, les trottoirs aussi, il est dix-neuf heures, mais personne ne marche, et le mauvais temps ne semble pas en être le seul responsable, même si j'ai du mal à croire que nous sommes en plein mois de juillet. En revanche, les voitures, elles, sont bien présentes, et occupent trois ou quatre voies de chaque rue à sens unique. On dirait que les gens veulent s'isoler dans leurs tas de ferraille, ne pas se rencontrer. Les multiples tours de verre du quartier n'aident pas, et sont plus impersonnelles qu'autre chose ; d'une certaine manière, c'est impressionnant. Impersonnel, je trouve que c'est le mot qui caractérise le mieux cette ville, pour ce que j'en avais vu à ce moment-là.
La ville se trouve dans les prairies, et, en allant vers l'Est, on trouve trois mille kilomètres de paysages déséspérément plats, probablement pas très variés, même si je ne suis pas allé vérifier, et la concentration de population qu'on y trouve donne l'impression que la Creuse est densément peuplée, en comparaison. Un jour, des gens ont trouvé du pétrole ici, et depuis, c'est la fête, on est riche, et on peut regarder tout le pays du haut de ces sinistres tours de verre. Et puis un jour, le prix du pétrole s'effondre, et l'économie de la ville avec.
Il paraît que c'est la période la plus animée de l'année. Je n'ose imaginer ce que ça doit être le reste du temps. En rentrant, je me renseigne un peu sur la météo, et, ô surprise, des orages sont prévus. Petite information très rassurante de la part des autorités locales : ne pas oublier que les orages peuvent créer des tornades. Ils disaient ça hier, mais apparemment il n'y a jamais eu de tornade ici, et aucune n'est sérieusement prévue pour les jours à venir. Mais en me renseignant aujourd'hui, j'ai quand même trouvé que les gens semblaient bien au courant des précautions à prendre.
Pas de tornade réelle donc, mais mon imagination étant ce qu'elle est, surtout si je suis perdu dans un tel lieu, à mille kilomètres du foyer de "civilisation" le plus proche et à plus de sept mille kilomètres de chez moi, dans mes rêves, ça n'a pas loupé. J'étais dans un immense centre commercial surmonté d'une coupole de verre, à travers laquelle je voyais deux tornades proches l'une de l'autre, et un gratte-ciel qui se tordait dans tous les sens, mais qui semblait résister. Quelqu'un me rassurait et me disait qu'on était en sécurité, et que les bâtiments d'ici avaient été conçus pour résister aux tornades. Et puis je me suis réveillé.
Ici, les gens qu'on rencontrent en poussant les portes semblent quand même très sympathiques. J'ai eu des discussions intéressantes, et on m'a un peu rassuré sur le vide relatif des rues, ainsi que sur les tornades. Mais cette ville semble quand même avoir été prévue pour caler une gare imaginaire. Eh oui, ici, il n'y a pas de gare ferroviaire pour les voyageurs ! Juste une gare de marchandises, et peut-être un train touristique de temps en temps. Nous sommes dans une ville de plus d'un million d'habitants, dans un pays très développé et riche, et il n'y a pas de gare. Bon, de toute façon, comme il n'y a pas grand-chose dans un rayon de quelques milliers de kilomètres, ce n'est pas si grave.
Peut-être que j'ai raté quelque chose, que mon jugement a été trop hâtif, que je me suis mal préparé, mais dans deux jours, je prends un bus et je pars vers l'Ouest, vers les montagnes. J'ai hâte !